Badinages – Lucile Boulanger & Théo Ould
Si rien ne prédisposait à l’association d’un accordéon et d’une viole de gambe, celle de Théo Ould et Lucile Boulanger apparaît néanmoins comme une évidence. Habitués des Victoires de la Musique Classique (Théo a été nommé en 2023 dans la catégorie des Révélations et Lucile a remporté celle de la Soliste Instrumentale de l’année 2025), ils sont devenus ces dernières années les ambassadeurs de leurs instruments respectifs, balayant chacun à leur façon les clichés tenaces, et transcendant toutes les frontières stylistiques. Plus de trois siècles séparent leurs instruments. L’un est à cordes, l’autre à vent, mais avec Lucile et Théo les oppositions s’attirent. Le son de l’accordéon a cette patine un peu nostalgique qui s’accorde parfaitement avec la musique baroque. Il évoque tour à tour le son de l’orgue ou celui du clavecin, enrichi par l’expressivité du soufflet. Le timbre si singulier de la viole de gambe s’y mêle ou s’en détache au gré des pièces, et oscille entre chant et accompagnement grâce à son ambitus unique. D’abord réunis par leur amour de Bach, Théo Ould et Lucile Boulanger explorent le répertoire baroque français (Jean-Philippe Rameau, Marin Marais, François Couperin), mais également contemporain.
Programme :
Johann Sebastian Bach (1685–1750)
— Trio pour orgue en mi bémol majeur, BWV 525
François Couperin (1668–1733)
— Les Bergeries
— L’Apothéose de Corelli
— Corelli buvant à la source d’Hypocrêne
Marin Marais (1656–1728)
— Le Badinage
Antoine Forqueray (1672–1745)
— Ve Suite des Pièces pour viole (et leur version pour clavecin)
Dietrich Buxtehude (1637–1707)
— Ciaccona pour orgue, BuxWV 160
Jean-Philippe Rameau (1683–1764)
— Gavotte et six doubles
Johann Sebastian Bach
— Sonate pour clavecin et viole de gambe, BWV 1029
— Sinfonia en sol mineur, BWV 797
Durée totale : (60′)
Ouverture des portes 15 minutes avant le concert.
Entrée libre sans réservation et collecte à la sortie.
Artistes
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Lucile BoulangerD’une enfance de jeune comédienne, Lucile Boulanger a gardé un goût et un plaisir à modeler le discours, à phraser les émotions. C’est cette justesse même que l’apprentissage précoce de la viole de gambe vient accentuer épaulée par ses professeurs (Ariane Maurette, Christine Plubeau, Jérôme Hantai, Christophe Coin), Lucile s’immerge dans l’ascèse joyeuse requise par la viole. Son exigence lui ouvre les portes du CNSM de Paris, dont elle sort en 2009 avec les plus hautes distinctions, et se voit récompensée de plusieurs prix internationaux (Concours Bach-Abel de Köthen, Società Umanitaria de Milan, Musica Antiqua de Brugge).
Affûtant sa pratique sur différentes pierres, Lucile Boulanger trouve autant de bonheur à mêler la voix de sa viole aux polyphonies du consort (L’Achéron, Ricercar Consort, Musicall Humors) et au continuo opératique (Pygmalion, Correspondances, Les Talens Lyriques, etc…), qu’à l’exercice rigoureux du récital en France et à l’étranger. Tantôt accompagnant, tantôt accompagnée, ses collaborations avec les interprètes les plus en vue nourrissent son imaginaire et sa curiosité (Philippe Pierlot, Christophe Rousset, Justin Taylor, Claire Lefilliatre, Lucile Richardot, François Lazarevitch, Alexis Kossenko, etc…).
Ses enregistrements sont salués par la critique et font l’objet de nombreuses récompenses (Diapason, fffff, Choc de Classica, Coup de Coeur Charles Cros). Ses deux derniers albums solo (Bach-Abel et La Messagère) l’ont consacrée comme la nouvelle ambassadrice de son instrument.
A contre-courant d’une sédimentation des pratiques actuelles de la musique ancienne, Lucile Boulanger se refuse à ne voir en la viole que le vaisseau d’une tradition esthétique révolue. Elle n’hésite pas à étoffer et à émanciper le répertoire contemporain de la viole, en interprétant et commandant d’œuvres à des compositeurs et compositrices (Philippe Hersant, Claire Mélanie Sinnhuber, Gérard Pesson). Elle collabore également avec la productrice électro Calling Marian ou avec le chorégraphe Mourad Merzouki pour son ballet Phénix.
Lucile Boulanger a été consacrée Artiste Instrumentale de l’année lors des Victoires de la musique classique 2025.Photo ©Jean-Baptiste Millot
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Théo OuldL’histoire de l’accordéon est encore en train de s’écrire: son répertoire, sa technique et même son organologie évoluent. Dans le sillage de ses professeurs au CNSM, Théo participe à cette réflexion artistique pour faire valoir la légitimité de l’instrument dans le répertoire classique.
C’est donc librement et sans les contraintes d’un héritage parfois lourd qu’il joue en solo ce répertoire qu’il aime: Bach, Haydn, Mozart… mais il collabore aussi avec des compositeurs d’aujourd’hui comme Régis Campo, Tomás Gubitsch ou encore Philippe Hersant, enrichissant le catalogue de l’instrument et faisant valoir toutes ses capacités.
Il signe en 2023 un contrat d’artiste avec le label Alpha Classics et grave dans la foulée son premier album solo : Laterna Magica.
Il continue sa collaboration avec un prochain album consacré à la musique d’Astor Piazzolla qui sortira fin 2025. L’artiste réalise pour l’occasion ses propres arrangements pour quintette à cordes et accordéon.
Théo propose actuellement sur toutes les plateformes une plongée dans l’histoire de la musique : Accordéon’s stories. De Bach à nos jours, vous pouvez (re)découvrir une douzaine de morceaux tirés des plus belles pages du répertoire au son de l’accordéon.
Ce féru d’opéra, mais aussi de rock anglais, s’empare librement des codes du concert classique, non pas pour sacrifier la musique, mais bien au contraire pour qu’on puisse l’entendre autrement, en résonance avec notre époque.Photo (C) Angie Kremer

